Vous avez choisi votre moment. Vous avez pesé vos mots. Vous lui avez dit qu'il pourrait voir quelqu'un, un médecin, un thérapeute, un coach. Il a haussé le ton. Ou il a dit « ça va » d'une voix éteinte. Ou il a pris ses clés et il est sorti.
Depuis, vous n'osez plus en parler. Et vous le voyez aller de plus en plus mal.
Des femmes m'écrivent pour ça. En septembre, l'une d'elles m'a demandé si je pouvais aider un homme de sa vie. Je lui ai répondu la seule chose vraie : je ne peux rien pour lui tant qu'il ne le décide pas lui-même. Et j'ai ajouté que vous pouvez influencer sur la façon dont cette décision devient possible en créant un cadre sécure.
Cet article vous explique pourquoi il refuse. Le guide qui l'accompagne vous montre comment lui en parler.
Son refus suit une logique
Vu de l'extérieur, son refus ressemble à de l'orgueil ou à de la mauvaise volonté. Vu de l'intérieur, il protège quelque chose.
Chez la plupart des hommes, ce quelque chose porte un nom : la honte. La honte d'avoir besoin d'aide. La honte de ne pas s'en sortir seul. La honte d'être devenu un problème pour ceux qu'il aime. Beaucoup d'hommes ont appris dès l'enfance qu'un homme doit tenir debout seul et sans appui. Demander de l'aide revient, pour lui, à avouer qu'il a échoué, qu'il n'est pas assez, ou qu'il est faible.
Quand vous lui proposez de l'aide, il entend souvent autre chose que ce que vous dites. Vous dites « je m'inquiète pour toi ». Il entend « tu ne t'en sors pas ». Et son corps réagit avant que sa tête ait le temps de réfléchir.
Trois façons de dire non
Son système nerveux produit en général l'une de ces trois réactions, même s'il en existe une 4ième. Vous reconnaîtrez sans doute la sienne.
Il s'emporte. Il posture, hausse le ton, coupe court, claque une porte. Il attaque pour repousser ce qui le menace. Sa colère masque la honte qui monte en lui, et vous vous trouvez sur sa trajectoire.
Il s'effondre. Il s'éteint, répond par monosyllabes, dit que tout va bien. Il se fige pour ne plus rien sentir. Vous avez l'impression de parler à un mur, en face de vous un homme retient tout à l'intérieur de lui.
Il fuit. Il travaille tard, disparaît dans son téléphone, change de sujet. Il s'échappe de ce qui fait mal. Il revient quand la discussion est loin.
Il faut bien comprendre que ces trois réactions échappent totalement à sa volonté sur le moment. De même, elles disent peu de ce qu'il pensera vraiment dans une semaine.
Pourquoi insister renforce son refus
Face à un non, le réflexe le plus humain consiste souvent à argumenter pour se faire entendre. Vous expliquez mieux. Vous donnez des exemples. Vous citez son frère qui a consulté, l'article que vous avez lu, le rendez-vous que vous avez déjà pris pour lui.
Chaque argument ajoute de la pression. Et sous pression, son système se met en alerte. Il attaque plus fort, se ferme davantage ou part plus vite. Plus vous poussez, plus il tient sa position, parce que céder reviendrait à vous donner raison sur ce qu'il redoute : qu'il est le problème.
Un homme accepte de l'aide quand il a l'impression de la choisir. Votre rôle (en tant qu'amie, partenaire, ...) tient dans la façon dont vous ouvrez la porte. C'est toujours lui qui la franchira dans tous les cas.
Si un homme franchit cette porte pour vous faire plaisir ou pour arrêter d'entendre votre insistance, non seulement cela lui donne l'illusion de faire quelque chose pour lui mais cela renforcera sa honte intérieure.
Pour lui, prendre la décision de se prendre en main et de prendre ses responsabilités est le début de sa souveraineté.
Ce qui ouvre la porte
Trois principes changent la conversation.
Le moment. Parlez-lui loin de la dernière crise, à un moment calme, quand aucun de vous n'est épuisé. Juste après une dispute, tout ce que vous dites arrive comme une attaque.
La posture. Parlez de vous, de ce que vous ressentez et de ce qui vous fait peur. « Je » ouvre la conversation, « tu » la ferme, même dit avec douceur et bienveillance. Beaucoup d'hommes parlent aussi mieux côte à côte, en voiture ou en marchant, que face à face.
La permission. Posez une seule question à la fois, puis laissez le temps d'un silence. Demandez avant d'offrir : « Est-ce que tu veux que je te dise ce que j'ai trouvé, ce que j'ai vu ? » Et acceptez un non. Un non aujourd'hui devient souvent un oui dans quinze jours, quand la porte est restée ouverte.
J'ai réuni tout cela dans un guide complet, gratuit et sans inscription : Comment en parler à un homme qui s'emporte, qui s'effondre ou qui fuit. Vous y trouverez ce qui se passe en lui profil par profil, les six approches qui ferment la porte, des phrases pour commencer selon sa réaction, et ce que vous pouvez faire après.
Quand la sécurité passe avant
Certaines situations demandent autre chose qu'une conversation.
S'il vous menace, vous frappe ou casse des objets pour vous faire peur, votre sécurité passe avant tout. Le 3919 vous écoute et vous oriente, gratuit, jour et nuit. En danger immédiat, appelez le 17.
S'il parle de mourir, de disparaître ou d'en finir, prenez-le au sérieux, même sur le ton de la blague. Le 3114 répond jour et nuit, pour lui comme pour vous. En danger immédiat, appelez le 15.
Et vous, dans tout ça
Vous pouvez ouvrir la porte mais vous ne pouvez pas le porter, ni le parenter.
Une femme qui porte un homme finit épuisée. N'oubliez pas de vous trouver du soutien : une amie, un cercle de femmes, un.e thérapeute ou un.e coach juste pour vous. Et si vous voulez comprendre ce qui se passe en lui au-delà de cette article, le guide se termine par cinq jours de mails pour vous, pour votre clarté et vos choix.